Silencieux, solitaire, l’homme de la maison n’a pas choisi le
métier de routier par hasard. Absent du lundi au vendredi, le
week-end l’homme ne parle pas et ne participe à la vie de famille
que si on le sollicite. Il donne l’impression d’être indifférent.
Je crois surtout qu’il se sent exclut et qu’il a du mal à trouver
ces marques parmi nous. Capable d’ignorer sa mère et son frère, je
me pose souvent la question si on compte pour lui. Quand je lui en
fais part, il me répond qu’il nous aime et là je me dis qu’il ne
sait pas exprimer ces sentiments, tout simplement. Mariée à «
mi-temps », cette situation qui ne me dérangeait pas au début, me
convient de moins en moins. Me sentant mal aimée, lasse d’être
seule, je remets parfois notre mariage en cause et je me dis qu’un
jour je partirai. J’essaye de le solliciter pour qu’il partage
notre quotidien. Je dis souvent que je le «réveille ». Après, il
est capable de nous couvrir de cadeaux et est plein d’attentions.
Ca fait 25 ans que je le connais, 18 ans que nous sommes mariés et
je ne sais toujours rien sur mon mari. Je ne sais pas ce qu’il
ressent, s’il souffre, s’il est heureux. C’est une énigme. Pourquoi
je reste ? Parce que je l’aime et qu’il n’est responsable de rien.
Il est ainsi, un point, c’est tout.
Petite Laulau, ma fille
Quand je me suis mariée il y a quelques années, je n’avais qu’un
seul souhait, c’était d’avoir un jour, une fille. J’imaginais la
petite poupée avec des bouclettes et une jolie robe. Je la rêvais
ado proche de sa maman, docile, jolie. Et puis, je l’imaginais plus
tard avec ses enfants, douce, aimante. Mon premier enfant est né et
c’était un garçon. P’tit cœur d’amour est arrivé. Gentil bébé,
enfant sage, ado raisonnable. L’enfant idéal. Mon deuxième enfant
est né et c’était une fille. j’avais enfin ma minette. P’tite
Laulau n’est pas comme je l’avais imaginée. Pour les bouclettes, y
en a jamais eu. Enfant facile, jusque là tout allait bien.
Maintenant P’tite Laulau a 13 ans et est beaucoup, mais vraiment
beaucoup plus chiante que son frère. Elle fait partie d’un groupe
de 6 filles qui nous font tourner en bourrique. Cinéma, fête
foraine, anniversaires, petite visite chez l’une pour réviser les
leçons (tu parles !) petite visite chez l’autre pour l’aider à
faire ses devoirs (bien sûr !). Nous, les parents , nous servons de
chauffeur. Je râle beaucoup après elle, mais je la trouve
craquante. Pleine de vie, rires, cris, pleurs, colères…. J’ai droit
à tout. Elle passe des heures à me raconter ses malheurs, ses
histoires de garçons (chut ! ne pas dire au papa). Pas contente
après moi quand ça barde, mais sufisamment intelligente pour
changer d’attitude après, et reconnaître qu’elle a poussé le
bouchon un peu trop loin. Je n’ai jamais eu de complicité avec ma
mère et même si p’tite Laulau n’est pas la fille que j’avais
imaginée, elle est géniale et je l’adore.